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La sagesse de nos émotions négatives

D’après Eckhart Tolle, dans Le pouvoir du moment présent, «  une émotion est la réaction de votre corps à votre mental ou encore le reflet de votre mental dans votre corps »: « Les émotions naissent au point de rencontre du corps et du mental ». Ainsi, lorsque le mental diffuse des pensées hostiles, notre corps exprime des émotions associées: colère, crainte, peur, méfiance, etc.

La philosophie du yoga et la philosophie bouddhiste sont nées (grosso modo) de cette observation: le monde dans lequel nous vivons est impermanent; cette impermanence crée en l’être humain de l’insatisfaction et cette insatisfaction s’exprime à travers la souffrance.

 

La souffrance elle-même se manifeste à travers la colère, la peur, la crainte, la méfiance, la tristesse, etc, ce que nous pouvons appeler des émotions « négatives ».

La tyrannie de nos émotions

 

 

Avant de pratiquer le yoga, j’étais, comme toute personne (hyper)sensible, dominée par mes émotions. Je souffrais  à travers la peur, la jalousie, la colère, etc. L’expérience de la dépression n’a fait qu’amplifier cette domination de mes émotions sur mon être et, par conséquent, sur mon rapport au monde. Je vivais ces émotions « à fond »: la colère pouvait s’emparer de moi et me faire réagir de façon maladroite dans diverses situations, à travers des paroles ou des actions que je regretterai par la suite.

La pratique du yoga m’a permis de prendre du recul par rapport à mes émotions.

J’ai appris à les observer, à m’observer en train de les vivre, en créant une différenciation entre elles et moi (Moi). 

Ce concept de différenciation n’est pas nécessairement évident de prime abord.

 

Le déclic a eu lieu pour moi lorsque j’étais en formation de professeurs: à la fin d’une pratique, l’une de nos enseignantes nous guidaient dans une méditation, et alors, elle a dit « tout ce qui s’interpose entre vous et votre Bonheur n’en vaut pas la peine »: en un clin d’oeil, toutes les causes de ma souffrance du moment se sont présentées à moi à travers des images mentales; je les voyais défiler « sous mes yeux ». J’ai compris à ce moment précis que je pouvais décider de les laisser aller si je le souhaitais pour avancer sur ma route vers le Bonheur, que cela ne tenait qu’à moi, qu’il fallait en quelque sorte « couper le cordon ». J’ai aussi compris que si je choisissais de les garder, alors je votais pour la souffrance.

 

Patanjali, dans les Yoga Sutras, délivre cet enseignement (II.17):  « L’identification entre celui qui voit et ce qui est vu constitue la cause première de la douleur qui peut être évitée » (traduction de Françoise Mazet, éd.Albin Michel).

Le yoga m’a alors offert un des plus beaux cadeaux de ma vie: j’ai compris que ces émotions ne faisaient que me traverser, qu’elles ne me définissaient pas et que je pouvais m’en séparer, travailler suffisamment sur moi et mon mental pour reprendre le contrôle et me soustraire de la souffrance.

 

 

Nous pouvons travailler nos émotions comme un musicien accorde son instrument: un musicien entraîne son oreille à détecter les fausses notes et accorde son instrument en fonction. Nous, nous devons apprendre à écouter notre corps et notre coeur pour prendre conscience des dysfonctionnements, en prenant du recul par rapport à notre vie.

Ce qu’elles ont à nous apprendre

 

 

Mais ne négligeons pas leur rôle.

Les émotions négatives ont une utilité fondamentale dans notre cheminement vers le Bonheur.

Elles nous informent, nous alarment, nous donnent des indications et nous apprennent à mieux nous connaître.

Lorsque je souffrais de dépression, mes émotions cherchaient à me dire que je faisais un métier qui ne me correspondait pas et me rendait malheureuse. Mais je m’étais préparée pendant des années à cette voie professionnelle, il m’a donc fallut du temps pour entendre, comprendre et accepter que je faisais fausse route: j’ai souffert par le passé pour m’épanouir aujourd’hui.

 

Il m’est arrivé dans ma vie d’être mal entourée, les mauvaises expériences, les tristesses, déchirures, chagrins cumulés, j’ai finit par m’entourer de personnes absolument bienveillantes, qui m’aiment pour ce que je suis et m’encouragent dans mes aventures: je m’entoure de personnes qui me font du bien et me font avancer.

 

Grâce à ce travail que j’engage envers moi-même au quotidien (c’est un travail de chaque instant et de toute une vie), je reçois l’enseignement, la sagesse de mes colères, de mes tristesses, de mes craintes: elles se manifestent comme des signaux d’alarme, pour attirer mon attention sur un point de ma vie à transformer.

Et dans ces moments là, pardonnez-moi la répétition: je reprends le contrôle.

Reprendre le contrôle, c’est ce à quoi nous invite le yoga. 

« Yoga » est traditionnellement traduit par « Union ». Pour être plus précis, « yoga » vient du sanskrit « yuj », qui signifie « attelage » (Jean Varenne, dans sa traduction des Upanishads du Yoga, explique remarquablement ce concept). Un attelage est tiré par des chevaux qui sont eux-mêmes conduits par un cocher. Seulement, si les chevaux sont indisciplinés, sauvages, alors l’attelage est incontrôlable et part dangereusement dans tous les sens. Néanmoins, si le cocher parvient à les discipliner en maniant correctement les rênes, il réussit à les conduire et les contrôler. Le chevaux représentent ici le mental, le cocher est la personne qui cherche à contrôler son mental, et l’exploit de contrôler et conduire l’attelage est le yoga. 

 

Le yoga nous apprend à contrôler notre mental afin qu’il ne nous contrôle pas lui-même.

 

 

Mais concrètement, comment faire pour travailler sur nos émotions négatives? Quelles sont les ressources? Les approches?

L’importance d’une pratique régulière

 

 

Attention, n’allons pas croire qu’il suffit une fois de réussir à contrôler son mental pour être tranquilles toute notre vie. Le yoga n’est pas un objectif que l’on se donne avec une date butoir, non, c’est un mode de vie.

Notre mental est futé, il sait nous prendre par surprise lorsqu’on ne s’y attend pas (c’est-à-dire lorsqu’on croit naïvement s’en être « débarrassé »).

Cela vous est-il déjà arrivé de vous sentir merveilleusement bien après avoir passé une journée fabuleuse, tout comme il faut, de vous sentir comme sur un nuage mais d’avoir le lendemain un retour de bâton et de vous sentir déprimés?

Ces moments désagréables surviennent lorsque nous n’avons pas été vigilant, lorsque nous avons « baissé la garde ».

Il ne s’agit pas de devenir parano, je vous le rassure, mais apprendre à contrôler son mental est un travail de chaque instant.

C’est pourquoi, en suivant des yogis et yoginis sur les réseaux sociaux, vous pourrez lire des hashtag comme #yogaeverydamnday ou #yogatouslesjours.

Oui, le yoga nous invite à une pratique régulière pour nous apprendre à nous ancrer et à faire la part entre notre mental et ce à quoi nous inspirons réellement au fond de nous.

Je vous vois venir, PAS DE PANIQUE. Je sais bien que trouver un moment tous les jours pour pratiquer n’est pas nécessairement envisageable. Vous ne pouvez vous rendre au cours de yoga qu’une fois par semaine? No stress. Une fois par semaine, c’est très bien, du moment que vous y allez régulièrement. 

La clef, c’est la régularité, car en travaillant régulièrement, alors les effets de la pratique opèrent.

Et si vous n’allez que de temps en temps à votre cours, de façon éparse, posez-vous la question si ce n’est pas votre mental qui vous trouve des excuses pour ne pas y aller de façon régulière.

 

Lorsque les effets de la pratique opèrent, alors nous parvenons à y voir plus clair, à faire la part des choses entre les bavardage incessant de notre mental et notre Etre profond, nous devenons plus à l’écoute, nous nous comprenons mieux.

C’est ce qu’on appelle en yoga la discrimination: faire la part des choses entre l’illusoire (création de notre mental) et le réel (notre Etre profond).

« Le discernement, pratiqué de façon ininterrompue, est le moyen de mettre fin à l’inconnaissance du réel » (II;26, Yoga Sutras, Patanjali, trad.F.Mazet).

 

Ainsi, lorsque des émotions éprouvantes vous traversent, soyez vigilant-e-s.

Pensez à prendre du recul sur la situation.

Observez-vous en train d’avoir ces émotions et observez ce qu’il se passe, sans porter de jugement ni d’analyse. Acceptez, accueillez, et laissez aller cette émotion.

Libérez-vous de son emprise.

Notez comment elle est apparue, déconstruisez la situation pour comprendre d’où elle vient. Petit à petit, vous pourrez vous défaire de vos schémas de réaction et de la souffrance qu’ils engendrent.

La route vers le Bonheur, un effort de chaque insant

 

 

Le Bodhicaryavatara - La Marche vers l’Eveil, est un texte de référence dans le bouddhsime, c’est le guide essentiel de tous ceux qui s’entraînent sur la voie de bodhisattvas.

Il a été rédigé vers le 8ème siècle ap.JC par Shântideva, un moine, philosophe et poète indien.

Le poète y décrit l’aspiration à l’Eveil spirituel, sa mise en pratique et ses bienfaits.

L’Eveil étant une « non destination » dont la route s’étend sur toute une vie, voire plusieurs vies, il est parfois difficile de savoir par où commencer. La route vers l’Eveil a le même point de départ que la route vers le Bonheur, c’est pourquoi je tiens à partager avec vous un extrait de cet ouvrage.

Shântideva, à travers ce texte, nous offre des clefs. Et il commence d’emblée par les émotions négatives. Pour purifier son esprit, contrôler son mental, il faut se débarrasser de ses émotions négatives:

 

« Mes adversaires, les émotions négatives,

N’ont ni commencement ni fin.

Aucun autre ennemi

N’est capable de pareille longévité.

 

Quand on les sert en répondant à leurs désirs,

Ils vous aident et cherchent à vous plaire,

Mais si vous servez vos émotions négatives,

C’est la souffrance qu’elles apportent en retour.

 

(…)

 

Comment puis-je être heureux si ces gardiens

De la prison des existences, ces bourreaux

Qui assassinent dans les enfers et ailleurs, occupent

Mon esprit, nichés dans les filets de mes désirs?

 

Je ne relâcherai pas mon effort

Avant de voir cet ennemi vaincu pour de bon. »

 

A travers l’emploi du champ lexical de la bataille, Shântideva nous fait comprendre que la route vers le Bonheur, vers l’Eveil, n’est pas une partie de plaisir.

Pour être Heureux, (et j’entends par là un Bonheur stable et ancré, pas celui qui dure 5 min et qui alterne avec la déprime!), il faut donner de soi. 

Il ne s’agit pas d’aller se faire masser dans un centre bien-être en sirotant un jus d’ananas frais. Non. (Même si je n’ai rien contre les massages et les jus frais, hein!).

Se libérer de la colère, de la jalousie, de la tristesse, etc., est un travail de chaque instant.

Tu es en colère? Alors cultive la joie: 

combat cette colère en plantant des graines de joie dans ton mental.

Tu as peur? Alors cultive la confiance et la paix en toi.

Cultive à chaque fois l’opposé de l’émotion négative qui se manifeste.

Au départ, on le fait en se forçant. Et, petit à petit, ce qui était un effort devient un réflexe, une habitude, un état d’esprit.

 

Néanmoins, s’il vous arrive de ne pas toujours être attentif et de vous laisser avoir par votre mental et vos émotions (ce qui est normal, je vous rassure, et qui arrive à tout le monde, même aux personnes les plus « avancées » sur le chemin spirituel), ne laissez aucune place à toute forme de culpabilité, qui est encore une manifestation de votre mental. Fiez-vous seulement à la bienveillance envers vous-mêmes et envers les autres.

 

Accueillir la transformation

 

 

Avec le temps, lorsque le discernement, la discrimination, devient plus facile, lorsqu’on y voit plus clair et qu’on arrive à faire la part des choses, après avoir donné tant d’effort, il faut accueillir et accepter les transformations.

Les transformations de nos émotions et les transformations qui en découlent au coeur de notre Etre.

Dans une société qui cultive la souffrance, la culpabilité, il n’est pas toujours évident d’accueillir ces transformations, voire d’accepter de se transformer. Mais après avoir donné tant d’efforts, il est primordial de lâcher prise.

Oui, je sais, cela paraît contradictoire: il faut rester vigilant tout en lâchant prise. Et oui! 

Ne cherchez pas à comprendre, cherchez à vivre l’expérience.

Seule l’expérience vous fera évoluer sur votre route, autrement vous pourrez chercher à comprendre toute une vie sans avoir avancé d’un poil!

 

Notre corps subtil, corps dit « énergétique » est composé de sept chakras principaux

Les chakras sont des centres énergétiques où l’énergie vitale, le prana, circule.

Chaque chakra est associé à des manifestations de l’esprit humain.

Manipura chakra (« la cité des joyaux » en sanskrit), le troisième chakra, situé au-dessus de votre nombril au niveau de votre colonne vertébrale, est associé, entre autre, à la transformation de nos émotions négatives.

Sa couleur est le jaune et son élément est le feu.

Le feu incarne la vie, l’élément qui nous permet d’agir pour aller de l’avant.

Ainsi, dans des périodes de transformation, que vous ayez des difficultés - ou pas - à accueillir ces transformations - je vous invite à méditer à travers la visualisation sur Manipura Chakra:

 

Visualisez le symbole de Manipura, un lotus jaune formé de dix pétales, au-dessus de votre nombril, et, grâce à votre respiration, accueillez ce qui vient sans porter ni jugement li analyse, sans chercher à comprendre.

Dans la cosmogonie hindoue, les mondes se créent grâce aux actions de la Trimurti (la « trinité »): Brahma crée l’Univers, Vishnu le préserve, Shiva le détruit .

Ici, arrêtons-nous sur la figure de Shiva. Dans la philosophie hindoue, la destruction est positive, cela n’a rien à voir avec le symbole de l’Apocalypse dans la religion catholique.

 

Shiva détruit le monde, quand cela est nécessaire, pour permettre la création d’un nouveau. Plutôt que la destruction, Shiva représente la renaissance, la transformation. Il est donc bénéfique de chanter Shiva lors de nos périodes de transformation. Je vous invite alors à chanter Om Namah Shivaya ("je rend hommage au Seigneur Shiva") tous les jours jusqu’à bon vous semble.

 

Notre mental est une créature rusée et futée qui aime nous tendre des pièges dès que nous ne sommes plus vigilant-e-s. Néanmoins, avec le temps, en travaillant à contrer ses attaques, il peut devenir notre allié. En effet, pour décrire des personnes qui ont accompli des exploits sportifs ou autres, ont dit d’elles qu’elles ont « un mental d’acier »: ces personnes sont parvenues à transformer leur mental à leur avantage, pour ne pas se laisser submerger par leurs émotions négatives.

 

Plutôt que de vous identifier à ces émotions, observez-les comme des guides, des alertes, qui cherchent à vous indiquer qu’il est peut-être temps de changer quelque chose en vous, dans votre vie, que vous êtes peut-être en quête de transformation.

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Commentaires: 3
  • #1

    Claude Bonneau (lundi, 30 juillet 2018 23:49)

    Merci Lea, Shama Devi, pour ce travail que tu nous offres . Merci pour ces recherches et cet enseignement.

  • #2

    Marie Noëlle (dimanche, 05 août 2018 20:22)

    Merci Léa pour tout ce que tu m'apprends ... au travers de tes cours et de tes textes fort intéressants , de vrais trésors pour avancer sur le chemin de la vie.

  • #3

    Catherine L (mardi, 23 juillet 2019 14:52)

    Merci pour ces conseils
    Namaste