· 

Philosophie du yoga et culture geek. Patanjali, Gollum et les X-men: La quête de Soi.

Fan des films de super héros et des romans de fantasy, disons du monde fantastique (au sens large), passionnée par la philosophie du yoga, je n’ai pas pu m’empêcher de faire des liens entre ces univers. Et oui, si l’on en croit les apparences, ils semblent très éloignés; et pourtant, ils se retrouvent bien plus qu’on ne peut le penser.

Laissez-moi développer cette idée en confrontant les Yoga Sutras de Patanjali écrites entre le IIème siècle avant JC et le 5 ap.JC (il y a débat) à quelques histoires héroïques écrites au vingtième siècle.

 

Pour commencer, que sont les Yoga Sutras de Patanjali?

Il y a fort fort longtemps, le yoga se transmettait oralement de maître à élève, jusqu’au jour où ce fameux Patanjali (on ne sait pas si c'était une seule ou plusieurs personnes) codifia ces enseignements sous la forme de sutras. « Sutra » en Sanskrit signifie « fil ». Ce sont des formules brèves et concises.

Ce texte a traversé le temps et est une référence dans la transmission de la philosophie du Yoga.

 

Je vous sens perplexe. Vous vous demandez comment je vais pouvoir, et à quel moment, relier les X-men (et les autres, hein!) à Patanjali.

Eh bien, commençons par le thème de la quête de Soi.

Pour quoi pratiquons-nous le yoga? Pourquoi cette discipline, ces contorsions, ces respirations, etc? P.O.U.R.Q.U.O.I? 

 

La personne qui emprunte la voie du yoga s’engage dans une quête intérieure, la quête de Soi. Oui, de Soi. 

Croyez-vous vraiment que la Nature a crée de façon si créative et complexe le monde dans lequel nous vivons et l’espèce humaine (pensez à la naissance d’un papillon ou d’un être humain, l’alliance d’un spermatozoïde et d’un ovule qui créent un petit être avec un coeur, un cerveau, un squelette, etc.) dans le seul but de nous faire remplir une déclaration d’impôt tous les ans, ouvrir un compte en banque et un compte instagram? 

N’avez-vous jamais eu la sensation qu’il y avait autre chose, que peut-être vous étiez destiné à quelque de chose de plus profond, qui ferait plus de sens? 

N’avez-vous jamais eu la sensation de vous sentir tout petit dans l’Univers et en même temps d’appartenir à cette merveilleuse immensité?

Pour comprendre et explorer toutes ces intuitions, le yoga nous invite à chercher les réponses à l’intérieur de nous. Je ne pensais pas dire ça un jour, mais la série X Files (qui a « bercé » mon enfance) a malheureusement tort. Non, la vérité n’est pas ailleurs. Elle est bien là, à l’intérieur de nous, en chacun de nous.

Seulement, bien que les réponses à toutes nos questions soient déjà en nous, notre rapport au monde, à notre vie, à notre destin est aussi limité par nous-mêmes. En fait, nous sommes (au départ) inconsciemment limités par notre mental.

 

Le mental, c’est cette voie à l’intérieur de vous qui vous dit que vous n’êtes pas capable de réaliser vos rêves, qui critique les autres, qui se vexe dès qu’on lui fait une réflexion, qui se souvient de toutes les blessures, qui ravive certaines douleurs au moment où on s’y attend le moins, qui désire soudainement - et de façon vitale - acheter un nouveau sac, etc.  Le mental est cette voie à l’intérieur de nous, ce bavardage incessant, à la source de tous nos conflits, désirs, peurs, angoisses, etc. Si l’on n’y fait pas attention, alors nous offrons à notre mental les pleins pouvoirs. Grâce à la pratique du yoga, nous apprenons à contrôler notre mental. Et pourquoi le contrôler? Pour faire resurgir notre Natue véritable.

 

Le mot « Yoga » signifie initialement en Sanskrit « attelage » (Jean Varenne, dans sa traduction des Upanishads du Yoga, explique remarquablement ce concept). Un attelage est tiré par des chevaux qui sont eux-mêmes conduits par un cocher. Seulement, si les chevaux sont indisciplinés, sauvages, alors l’attelage est incontrôlable et part dangereusement dans tous les sens. Néanmoins, si le cocher parvient à les discipliner en maniant correctement les rênes, il réussit à les conduire et les contrôler. Le chevaux représentent ici le mental, le cocher est la personne qui cherche à contrôler son mental, et l’exploit de contrôler et conduire l’attelage est le yoga. 

Le yoga nous apprend à contrôler notre mental afin qu’il ne nous contrôle pas lui-même.

Petite parenthèse. Peut-être avez-vous déjà rencontré une fois dans votre vie un malentendu avec une autre personne. Par exemple, votre meilleur(e) ami(e) vous invite à son anniversaire, vous pensez que vous êtes libre et vous répondez positionnement à l’invitation mais il se trouve que vous vous êtiez déjà engagé ailleurs et comme vous lui avez déjà fait le coup sans le vouloir la dernière fois, vous craignez qu’il ou elle se vexe/soit déçu(e). Vous n’osez pas le lui dire pour ne pas le ou la décevoir et vous commencez à imaginer tous les scénarios catastrophes dans votre tête: une prise de tête, une énorme dispute, la fin de votre amitié, peut-être même la fin du monde…! Jusqu’au moment où vous prenez votre courage à deux mains, vous lui avouez tout et sa réaction est à l’opposée de ce que vous imaginez: il ou elle comprend et fin de l’histoire. Au lieu de penser à cette éventualité, vous avez perdu une énergie phénoménale à essayer d’anticiper sa possible réaction. Voilà un exemple du pouvoir de notre mental.

La double personnalité Gollum/Sméagol, personnage du Seigneur des anneaux, illustre de manière assez pertinente les dangers d’un mental incontrôlé.

Au commencement, Gollum est une forme de hobbit  (disons un petit être humain) du nom de Sméagol. Jusqu’au jour où il trouve l’Anneau, l’Arme des puissances des ténèbres, qui le manipule et altère sa personnalité. Sméagol, au contact de l’anneau, devient violent, méfiant, s’isole du monde, critique les autres. Une part de Sméagol reste en lui, et il y a parfois conflit entre les deux, mais au contact de l’anneau, les voies maléfiques sont les plus fortes: Sméagol devient Gollum lorsque l’anneau (le mental) prend le contrôle.

Si nous n‘y faisons pas attention, nous avons tous le malheureux potentiel d’avoir un Gollum en nous. Et oui, nous pouvons entrer dans un triste cercle de méfiance par rapport au monde et aux autres en laissant notre mental nous manipuler avec ses idées délirantes.

Pourtant, à la naissance, nous sommes tous nés avec un coeur ouvert: avez-vous déjà rencontré un bébé raciste? Que penseriez-vous si les jeunes enfants ne jouaient pas ensemble lorsqu’ils se rencontrent au parc, sous prétexte qu’ils ne se connaissent pas?

Patanjali évoque le pouvoir du mental et la nécessité de le contrôler dès le début des Yoga sutras (I;2):

Yoga Chittavritti Nirodah, Yoga est l’arrêt des fluctuations du mental. 

 

Les fluctuations du mental correspondent aux chevaux indisciplinés. Il nous explique la pratique du yoga est un moyen qui apprend à contrôler le mental, et lorsque le mental cesse de nous contrôler, nous entrons dans Yoga, dans le vif du sujet.

Ainsi, en apprenant à contrôler son mental et à prendre du recul vis à vis de son discours incessant, nous pouvons nous libérer de son pouvoir.

C’est ce que le professeur Charles Xavier tente d’apprendre à Jean Grey dans le film X Men: l’affrontement final (je ne me suis pas penchée sur les Comics, seulement sur le film, mes excuses  aux fidèles des comics). Jean Grey est une mutante au pouvoir phénoménal, si puissant qu’une deuxième personnalité mutante, maléfique cette fois, s’est formée en elle sans qu’elle le sache: le Phoenix. Tout allait bien jusqu’au jour où le Phoenix prend le dessus sur Jean. Deux personnalités à l’intérieur d’un même corps. Laquelle va l’emporter? Jean va-t-elle réussir à reprendre le contrôle? Pour respecter la tension dramatique, comme le Phoenix devient incontrôlable, Jean se sacrifie et les deux personnalités explosent et meurent…. N’AYEZ CRAINTE, pas besoin d’une tension dramatique aussi intense dans la vie de tous les jours, personne ne va exploser.

Ce qu’il faut retenir de cette histoire, c’est cette phrase que Charles Xavier adresse à Jean:

« Ne la laisse pas te contrôler » (en parlant du Phoenix).

Ceci s’applique à nous tous: ne nous laissons pas contrôler par notre mental. 

Cela exige une certaine discipline et une introspection au quotidien.

Par exemple: Vous déjeunez avec votre mère et là, elle commence à dire toutes ces petites phrases qui vous dont sortir de vos gonds: « tu ne devrais pas faire ceci comme ci », « tu devrais plutôt faire ça comme ça », « moi à mon époque ». Ici, plusieurs solutions s’offrent à vous.

1/ Vous tombez dans le panneau de votre mental, les deux pieds dans le plat, vous vous énervez, vous vous disputez avec elle, vous dites peut-être des choses que vous allez regretter, et quelques heures ou quelques jours après, vous racontez la scène à un ami : « eh bien, comme d’habitude, on s’est pris la tête ».

2/ Vous prenez du recul et vous observez les réactions qui se déclenchent en vous. Observez les manifestations de l’énervement: votre respiration qui s’accélère, vos poils qui s’hérissent, etc. Et décidez de ne pas vous laisser entraîner par l’énervement. Vous contrôlez le mental, et ainsi la situation.

 

Lorsqu’on arrête de s’identifier aux fluctuations du mental, à ses pensées, le Yoga commence (1;2) et lorsque le mental est maîtrisé, alors notre vraie Nature, la joie, se révèle (I;3).

 

 

Bien sûr, dans la vie de tous les jours, nous ne sommes pas manipulés par des forces maléfiques qui comptent détruire la planète et l’Univers tout entier (quoique...il y a les guerres....). Il faut comprendre les exemples de cet article comme des illustrations. Néanmoins, se laisser contrôler par notre mental revient à cultiver inconsciemment, peut-être aussi consciemment dans certains cas, la souffrance en soi et sur Terre. La discipline du Yoga permet de prendre conscience des pouvoirs de notre mental pour cultiver la bienveillance en nous et envers les autres, ce qui, j’en suis certaine, pourrait sauver notre monde.

Écrire commentaire

Commentaires: 0