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Yoga: honnêtement, c'est quoi le délire?

 

Lorsqu’on prend un peu de recul, on se dit qu’ils sont zinzins tous ces gens sur leurs tapis, avec leurs legging, à se contorsionner dans tous les sens, à imiter le chien « tête en bas » ou le chien « tête en haut » comme si c’était monnaie courante, à expirer en chameau, à respirer comme Dark Vador, à vouloir absolument marcher sur les mains (alors qu’entre nous, c’est bien plus pratique sur les pieds). Et puis ces profs qui te balancent du sanskrit comme si on réglait nos factures en latin (quoique parfois ce serait peut-être un peu plus clair en latin). C’est quoi le délire? P.O.U.R.Q.U.O.I.?

 

Oui, c’est vrai ça, pourquoi faire tout ça? Quel est le moteur, quelle est l’intention? Qu’est-ce qui explique cet engouement collectif pour la pratique du yoga? En quoi ça nous touche et en quoi ça nous meut? Comment se fait-il qu’autant de personnes soient réceptives à cette philosophie?

 

Qu’est-ce que ça nous apprend sur nous-mêmes?

 

Lorsque je pratique sur mon tapis, chez moi ou en studio, je m’applique à prendre conscience de toutes ces choses que j’occulte dans la vie de tous les jours. Toutes ces choses en moi que je ne peux pas voir de l’extérieur, toutes ces choses qui exigent que je m’arrête un moment, que je tourne mon regard vers l’intérieur. Toutes ces choses qui nécessitent un regard intérieur. 

Ma respiration par exemple; nous respirons 24h/24, mais la majorité du temps sans nous en rendre compte, comme si « ça allait de soi ». 

La relation entre mon corps et ma respiration: que se passe-t-il à l’intérieur de moi lorsque je respire?

Mon énergie. Quel est l’état de mon énergie aujourd’hui? Est-elle éveillée, fatiguée, solaire, lunaire, chaude, froide?

 

Okay, super, mais pourquoi? Quel est l’intérêt d’écouter et d’observer sa respiration?

Généralement, les rares fois où nous prenons conscience de notre respiration se manifestent dans des moments de stress et de panique: d’un coup, notre respiration s’accélère, nous perdons nos moyens, nous nous sentons oppressés, jusqu’à ne plus pouvoir respirer et ne plus tenir debout, nos jambes fléchissant sous le poids de la détresse. Dans ce scénario, il y a parfois une personne à côté qui nous dit « assied-toi, respire doucement, prend une longue inspire, et une longe expire » et  progressivement, assis, nous retrouvons la maîtrise de notre corps, notre rythme respiratoire ralentit et nous nous sentons alors plus calme, soulagé-e. La tempête passe.

Et si nous étions capables de faire face à ce genre de situation en venons nous-mêmes à notre propre secours? Et si nous étions capables de maîtriser la panique en maîtrisant notre respiration, par nos propres moyens ? 

 

C’est une des choses que nous apprend la pratique du yoga.

Lorsque je pratique sur mon tapis, que je maîtrise ma respiration, alors je peux observer le rapport que j’entretiens avec moi-même. Je peux m’observer.

Je vous vois venir: « Quel est l’intérêt de s’observer? A quoi bon?! ».

Lorsque je prends le temps de m’observer, j’observe les rapports que j’entretiens avec moi-même, et, par conséquent, ceux que j’entretiens avec le monde.

J’ai longtemps vécu en me jugeant: je ne faisais jamais les choses assez bien, quoique je fasse, j’avais quelque chose à redire, un « mais » tranchant. En fait je n’avais pas compris qu’on avait le droit de s’aimer et de prendre soin de soi, je croyais qu’il était normal de se traiter avec exigence au point de se gâcher la vie, je n’avais pas compris qu’on avait tous droit au bonheur.

En pratiquant le yoga sur mon tapis, j’ai progressivement pris du recul sur moi-même et je me suis vue en train de me juger, je me suis observée… ça m’a semblé étrange, pas normal. J’ai aussi compris qu’en me traitant de la sorte, je jugeais également les autres: je ressentais de la jalousie, des rancoeurs, de la colère (pas envers tout le monde non plus, hein!). Bref. Je me compliquais la vie et je me coupais des autres.

Je me suis alors mise à réfléchir au monde dans lequel je voulais évoluer, à celui que je voulais construire, à ce que je voulais partager, offrir aux autres et à moi-même. J’ai réfléchi à mon engagement dans ce monde. Quelle pierre ai-je envie d’apporter à l’édifice?

 J’ai naturellement commencé par changer mon rapport envers moi-même: pour que la paix règne un jour sur le monde, il faut déjà qu’elle règne à l’intérieur de moi! 

De fil en aiguille, ma pratique du yoga sur le tapis s’est invitée dans ma vie quotidienne. Je me suis mise à réfléchir plus consciemment à mes actions dans la vie de tous les jours pour évoluer dans un monde heureux, à développer de la compassion et de la compréhension envers les autres, en étant globalement plus consciente de ma vie et en apportant les modifications nécessaires pour qu’elle s’améliore.

 

 

Lorsque je pratique sur mon tapis, ça n’est pas si sérieux que ça en a l’air. En fait, c’est un jeu. Une fois que nous  prenons du recul sur soi, que nous réalisons que nous avons le pouvoir de changer les choses pour nous-mêmes, que nous nous laissons guider par la compassion, l’amour et la compréhension, nous apercevons les choses sous une nouvelle perspective. Tout paraît plus simple, « easy », comme si nous retrouvions cette facilité/faculté à être qu’ont les enfants: ce bonheur spontané.

 

Et c’est par la régularité que nous entretenons ce rapport sain et authentique à la vie et au monde. Car notre mental, avec son lot d’inquiétudes et de soucis, est toujours partant pour nous infliger une petite déprime. Mais si nous prenons soin de nous au quotidien, alors nous renforçons notre capacité à vivre heureux. D’où la pratique des asanas (les postures) sur le tapis, le travail sur la respiration, la méditation, etc.: ces actions nous permettent de taire notre mental et d’affiner l’écoute de nos réels besoins par la réappropriation, le réinvestissement de notre corps.

La voie du bonheur est un chemin qui exige de l’entraînement, comme un sportif doit s’entraîner avant une compétition. Parfois, on chute. Et bien, ce n’est pas grave, car ce n’est qu’en chutant qu’on peut se relever. Si parfois on se trompe de chemin, c’est pour avoir la certitude d’être sur le bon chemin lorsqu’on y est. 

C’est donc ce que font toutes ces personnes sur leurs tapis, elles s’entraînent/apprennent à améliorer leurs conditions de vie et le monde qui les entoure. Le yoga est une des voies qui permet de réaliser ce travail.

 

L’idée que tant de personnes aujourd’hui empruntent ce chemin est une heureuse nouvelle: lorsque la prise de conscience individuelle se transforme en prise de conscience collective, ce sont des ondes pacifiques prometteuses qui se répandent sur terre.

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