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"Le yoga, c'est pas pour moi"

 

  En tant que professeur de yoga, j’entends régulièrement des personnes me dire: « le yoga, ce n’est pas pour moi, je suis raide comme un balai », oui encore: « le yoga c’est pour des gens qui ont déjà une bonne activité physique, non? ». Je souhaite à travers cette article répondre à ces visions erronées, nées, je le crains, d’une diffusion maladroite, car le yoga s’adresse à et est ouvert à tous, sans exception.

Bref. Cette vogue, créatrice de merveilleux bienfaits, génère aussi beaucoup de malentendus.

Aujourd’hui, nous pouvons voir tous les jours sur les réseaux sociaux des démonstrations de postures difficiles réalisées par des yogis et yoginis en maillots de bain sur une plage paradisiaque, au corps parfait d’après nos critères de beauté collectifs; cette communication est à double tranchants: elle peut motiver des personnes ou bien les complexer, laissant croire que le yoga n’est pas pour eux. A mes yeux, cette forme de communication est maladroite et à l’opposé de la démarche yogique car elle oriente notre attention sur notre apparence extérieure. Le yoga est une voie pour transcender notre ego, pas pour le satisfaire.

Lorsqu’on s’intéresse au yoga dans son intégralité, on réalise que c’est vers un voyage intérieur qu’il nous oriente.

 

 

 

Voyage intérieur

 



Le yoga nous invite à un voyage intérieur qui nous permet de mieux vivre avec nous-même et en société : il nous invite à dépasser notre apparence et le monde matériel et physique qui nous entoure pour entrer dans une dimension plus profonde de notre être. Un endroit où la longueur de notre nez ou le volume de nos cuisses ne signifient rien, un endroit où nous sommes heureux, libérés des conditions et limites de notre mental. C’est endroit, c’est notre Soi Divin.

 

 

Pour explorer cette dimension, les asanas ont leur rôle à jouer. 

Nous avons sans doute toutes et tous eu cette sensation en sortant d’un cour de yoga: une sensation de légèreté, de bien-être intérieur où rien ne nous paraît impossible. Lorsqu’on y est, cette sensation nous paraît évidente: oui, c’est comme ça que je veux vivre. Alors nous retournons au cours la semaine suivante pour en refaire l’expérience. Cette sensation, c’est notre mental qui se retire pour laisser s’exprimer notre vraie nature, notre nature divine de joie illimitée et de bonheur infini. Lorsque nous pratiquons sur notre tapis, le yoga agit sur l’ensemble de notre être, sur le corps physique, vital, énergétique, émotionnel et sensoriel; il nous aide à nous libérer de notre mental pour accéder à la paix intérieure.

 

 

 

Le yoga, c’est 24h/24

 

Une fois cette première expérience de paix intérieure réalisée, nous réalisons avec le temps que nous pouvons y accéder en dehors de nos tapis. Lors d’un cour de yoga, les professeurs délivrent souvent des petits conseils ou petites phrases qui font échos en nous et se répercutent sur notre vie de tous les jours: des petits mots qui nous font du bien. On réalise alors qu’il est en notre pouvoir de travailler à créer cette sensation de paix intérieure dans notre quotidien. Oui, le yoga, c’est 24h/24. Chaque minute, chaque seconde, nous faisons des choix, tous les jours, nous faisons des choix, en continu, parfois sans nous en rendre compte. Que ce soit les vêtements que nous choisissons de porter, la façon dont nous réagissons aux évènements d’une journée et de la vie de manière générale, les mots que nous employons pour nous exprimer, ce que nous mangeons, etc. Le yoga nous invite à vivre en pleine conscience. Agir, parler, manger, marcher, s’habiller, se reposer (etc) consciemment. Ainsi, nous pouvons créer dans notre vie un champ de bonheur communiquant avec notre Soi et avec le monde.

 

 

4/ C’est en forgeant que l’on devient forgeron

 

        Vivre yoga, ça ne se fait pas du jour au lendemain, c’est un travail de chaque instant. C’est un entraînement. Il semble illusoire de changer nos habitudes et notre perception du monde en claquant des doigts, c’est en faisant un pas ou plusieurs petits pas chaque jour que l’on avance, un pied devant l’autre. 

Vivre yoga implique de développer de la bienveillance envers soi et envers les autres. Ainsi, si notre mental parvient à reprendre le contrôle, s’il nous fait dire des choses que l’on ne pense pas, s’il nous fait penser des choses que l’on regrette, ce n’est pas grave. Le tout, c’est d’en prendre conscience et de travailler dessus, sans culpabilité. 

Travailler sur son ego est un travail de chaque instant. 

Et il en est de même pour la souplesse: c’est en commençant que l’on avance, et en refaisant par la suite. Il y a quelques années, je suis allée voir mon médecin pour obtenir un certificat médical pour des cours de danse. Ce jour là, c’est son assistante qui m’a examinée; elle me dit: « Oui, vous pouvez faire de la danse mais vous ne serez plus jamais souple de votre vie » - tout ça à cause d’une scoliose! Vexée et blessée par ses propos, j’ai décidé de ne pas la croire et de faire confiance à mon corps. Je me suis exercée régulièrement avec patience et bienveillance et quelques années plus tard, je suis devenue prof de yoga.

Ce qui m’amène à mon dernier point.

 

 

5/ A chacun son corps, A chacun son histoire

 

Notre corps est l’expression de notre histoire et de notre rapport au monde. Il n’y a pas un corps qui a la même histoire et qui fonctionne de la même façon. 

Prenons l’exemple de jumeaux: d’un point de vue externe, leurs corps sont semblables, mais si l’on s’intéresse à l’expression de ces corps, des nuances surgissent. Si l’un de ces jumeaux est timide, mais que l’autre est extraverti, leurs deux corps ne vont pas s’exprimer de la même manière. Le timide aura tendance à fermer les épaules, tandis que l’extraverti aura tendance à bomber la poitrine. Une flexion arrière sera peut-être plus difficile pour le timide mais il sera peut-être plus confortable dans une flexion avant. Ici, je schématise à l’extrême pour illustrer mon propos.

Cette scoliose me rend effectivement plus difficile d’accès certaines postures - mais pas impossible - tandis que d’autres postures sont très faciles pour moi.

Pour chaque posture, le yoga propose plusieurs variations qui respectent les capacités de notre corps. Qui plus est, n’oublions pas qu’il y a des jours « avec » et des jours « sans »; mon corps est différent chaque jour, c’est donc normal si je ne peux pas tous les jours pratiquer les asanas au maximum de mes capacités. La solution, c’est écouter son corps et agir en fonction de ce qu’il nous raconte. 

Enfin, acquérir une certaine souplesse n’est pas le seul bienfait de la pratique des asana car elles agissent sur le système nerveux, le système digestif, la circulation du sang, le mental, etc. Oui, les bienfaits du yoga sont nombreux.

 

Il ne faut donc pas attendre d’être miraculeusement souple pour s’inscrire à un cour de yoga, la souplesse se développe au fur et à mesure. Parfois, l’on découvre qu’on est souple à un endroit sans l’avoir jamais soupçonné. Oui, on peut être souple à des endroits de notre corps et pas à d’autres.

 

 

 

 

Pour conclure, rappelons-nous que la voie du yoga est un chemin personnel. Lorsque je pratique sur mon tapis, j’avance sur ma voie, et les autres qui pratiquent sur leur tapis, avancent chacun sur leur propre chemin. Le chemin est différent pour chacun, c’est pourquoi c’est une perte de temps de se comparer aux autres, de les observer et de les envier, de les juger ou de nous juger nous-mêmes. En pratiquant, on apprend à accepter où nous en sommes à chaque instant, dans le moment présent, on apprend également à accepter les autres, où ils en sont sur leurs propres chemins. 

J’espère que cet article décomplexera les personnes qui aimeraient prendre des cours de yoga mais qui n’osent pas. Il y a une place pour chacun dans cette aventure, let’s go!

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